En avril 2026, j’ai produit « Expressions », une série de portraits mode entièrement générés par IA, avec Nano Banana 2 dans Freepik Studio (devenu Magnific). Sept femmes, sept expressions, aucun shooting.
Le but n’était pas de faire de jolies images, mais de prouver qu’une vraie direction artistique obtient des portraits crédibles là où l’IA échoue le plus souvent : la peau, le regard, les cheveux et les mains. Voici la méthode, telle que je l’enseigne en workshop.





Série « Expressions », avril 2026. Visuels générés par IA, direction artistique Sylvain Reiniche. Ce n’est pas une collaboration : les marques évoquées par les tenues (Ami Paris, Adidas, Samsøe Samsøe…) ne sont ni partenaires ni commanditaires de cette série, et n’ont pas validé ces images. Elles servent de références de style.
1. Une série se construit sur ses constantes
Ce qui fait une série, ce n’est pas la qualité de chaque image : c’est la cohérence entre elles. Avant le premier prompt, je décide de ce qui ne bougera jamais.
- Le décor : un mur de béton brut, gris froid, quelques mètres derrière le sujet, toujours flou.
- La lumière : studio, douce, frontale ou zénithale, sans ombre dure.
- La couleur : un fil vert, du cuir bouteille au polo olive.
- Le cadrage : vertical 4:5, plan poitrine ou serré.
- L’optique : une longue focale de portrait (85 mm), une profondeur de champ courte.
Une seule chose change vraiment d’une image à l’autre : l’expression. C’est le sujet de la série. Ces cinq lignes forment la « bible » de la série, copiée telle quelle dans chaque prompt. La direction artistique se décide avant l’outil.
2. Diriger une expression, pas un adjectif
Écrire « souriante » ou « heureuse » donne un sourire de banque d’images. Je décris plutôt un instant, comme un photographe dirige son modèle :
| Au lieu de… | On écrit… |
|---|---|
| smiling | smiling the way someone does a split second after hearing a good joke |
| happy, laughing | bursts out laughing, eyes squeezed shut, caught between two laughs |
| shy smile | laughs behind her hand, fingertips resting on her lips |
| confident | closed-mouth, slightly lopsided smile, looking straight into the lens |

3. L’architecture du prompt en neuf blocs
Le modèle construit la scène dans l’ordre où on la lui décrit. On part donc du général pour finir sur le particulier, et les détails de peau arrivent en dernier, en petite quantité.
- Provenance et cadrage : quel type de photo, quelle valeur de plan.
- Sujet : âge, origine, carnation, cheveux, signes particuliers.
- Expression et geste : un instant, pas un adjectif.
- Tenue : une pièce forte, sa matière, sa couleur.
- Décor : la matière et la distance du fond.
- Lumière : la source, la direction, la douceur.
- Optique : la focale, l’ouverture, le point de netteté.
- Détail, dosé : deux ou trois détails choisis, pas un inventaire.
- Sortie : le format, et rien d’autre.
Voici le prompt du portrait « Joie franche », réécrit dans cet ordre :
Editorial fashion portrait, close-up, head and shoulders, vertical 4:5. A 25-year-old East Asian woman with dark brown hair in a loose messy bun, strands falling around her face, freckles over the nose and cheeks. She is laughing as if someone has just told her a very funny joke: mouth open, eyes almost closed, laugh lines showing. She wears a green oversized wool blazer over a white oversized T-shirt. Raw concrete wall five metres behind her, cool grey and softly blurred. Zenithal studio light with a gentle gradient on the forehead and cheeks. 85mm lens at f/2.8, focus on the eyelashes. Light makeup, visible pores, crow’s feet kept as they are.
Remarquez que l’expression arrive juste après le sujet, que la distance du fond est chiffrée (elle justifie le flou au lieu de le décréter), et que le point de netteté est précis : les cils.
4. Le paradoxe du détail
Quand un portrait « fait IA », le réflexe est d’ajouter du détail : pores, duvet, cils, chaque poil de sourcil. C’est souvent l’inverse qu’il faut faire. Si un prompt liste toutes les textures, le modèle les rend toutes à la même intensité, partout. Une vraie photo ne fait jamais ça : l’œil est net, la joue déjà en transition, l’oreille floue. L’hyper-détail uniforme est lui-même la signature de l’IA.
Trois règles d’écriture en découlent :
- Le sujet avant l’esthétique. Une ambiance placée en tête du prompt colore tout le reste et noie le visage.
- Des faits visibles plutôt que des adjectifs. « Laugh lines kept as they are » produit une ride ; « natural » ne produit rien.
- Pas de mots qui lissent. « Flawless », « perfect skin », « beautiful » ou « premium campaign » tirent le modèle vers la retouche publicitaire.
On choisit donc deux ou trois détails qui servent l’expression (les taches de rousseur pour « Énergie », les rides d’expression pour « Joie franche »), et on décrit une chute de netteté : « focus on the eyes, the rest of the face already softening ».

5. Garder le même visage sur toute une série
C’est la question qu’on me pose le plus. En juillet 2026, pour l’illustrer, j’ai décliné un même personnage en quatre situations : terrasse, piscine, marché et montagne. Le décor, la tenue, la lumière, la pose et l’optique changent à chaque fois. Le visage, lui, doit rester le même.




La méthode tient en cinq temps :
- Créer la référence : une situation simple, regard caméra, visage bien visible. Plusieurs essais, on en garde un seul.
- Poser des ancres : quatre marqueurs singuliers, comme des taches de rousseur, des mèches grises aux tempes, un écart entre les dents ou des créoles argent.
- Figer la description du personnage, mot pour mot, en tête de chaque prompt.
- Joindre l’image de référence à chaque variante quand l’outil le permet.
- Trier sans négocier : une image qui dévie sur le visage est jetée, même si elle est belle.
Ce qui a dérivé dans cette série est instructif : l’écart dentaire et les créoles ont disparu dès que le visage devenait plus petit dans le cadre. Une ancre doit rester lisible à l’échelle du cadrage. D’où trois corrections : mélanger des ancres lisibles de loin et de près, chiffrer les accessoires (« thick silver hoop earrings, about 3 cm »), et corriger par une retouche locale plutôt que tout regénérer.
6. Droits et transparence : ce qu’on n’oublie pas
- Signaler l’IA. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act impose d’indiquer clairement qu’une image réaliste de personnes a été générée par IA.
- Les marques. Pour un usage commercial, pas de logo ni de signe distinctif sans autorisation : on décrit la pièce sans la nommer et on vérifie qu’aucun logo n’apparaît.
- Les visages. Les personnages sont fictifs. Jamais le visage d’une personne réelle en image de référence sans son accord écrit.
- La propriété. Une image brute générée par prompt est en général sans auteur : on dispose d’une licence d’usage de la plateforme, et c’est l’apport humain (retouche, montage, construction d’une série) qui peut être protégé.
Ces repères décrivent l’état du droit français à l’automne 2026 et ne remplacent pas un conseil juridique.
Apprendre la méthode
Un portrait crédible ne vient pas d’un prompt plus long. Il vient d’un regard : savoir quel détail compte, lequel laisser au flou, et à quel moment arrêter de générer. C’est ce que je transmets dans mes workshops et formations, à Strasbourg ou à distance.


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