Le Hameau du Couarôge, à La Bresse, dans les Vosges, loue des chalets, des appartements et un gîte de groupe. Pour la page de ce gîte, il fallait une image qui montre ce qu’on vient y chercher : un repas à plusieurs, une raclette, du monde autour de la table. Le client avait une belle photo professionnelle de la salle. Elle était vide.
L’IA générative sait ajouter des personnes dans une photo. Le difficile, c’est qu’on ne voie pas qu’elle l’a fait. Voici la méthode que j’ai suivie, et l’erreur par laquelle tout le monde commence.

Modification IA en accord avec le Couarôge.
Le piège du prompt unique
Premier réflexe : un long prompt qui décrit tout à la fois, la table, les convives, l’ambiance et le format vertical. Le résultat est propre, lumineux, bien composé. Et on voit tout de suite que c’est de l’IA. J’ai relevé sept indices :
- La pièce a été redessinée. L’angle est plus plongeant, le plafond agrandi, la table a pivoté.
- Des éléments ont fusionné. Les trois paires de skis anciens n’en font plus qu’une.
- Des gestes de catalogue. Une convive verse le vin comme dans une publicité.
- Une nourriture trop parfaite. Une meule de fromage ronde, uniforme, intacte.
- Des objets clonés. Des pommes de terre identiques, alignées, en quantité irréaliste.
- Des sourires de banque d’images. Tout le monde rit, deux hommes portent la même chemise.
- Une lumière sans source. Presque pas d’ombres de contact, la même netteté partout.

Un prompt qui demande tout laisse au modèle la liberté de tout réinventer. Il produit alors son image « moyenne » : une famille de catalogue dans une pièce idéalisée. Changer de format en même temps aggrave le problème, parce que le modèle doit recomposer toute la scène.
Retoucher, pas régénérer : cinq principes
- Préserver les pixels. On retouche la photo, on ne la refait pas. Chaque consigne commence par demander de garder l’image telle qu’elle est.
- Avancer par petites étapes. Une étape, une seule modification. Si elle rate, on ne refait qu’elle.
- Coller à la photo d’origine. Même focale, même netteté, même lumière, même grain.
- Moins, c’est plus. Trois à six personnes plutôt que dix, peu de plats, des assiettes entamées. Le désordre fait vrai.
- Le format en dernier. On travaille au format d’origine, et on ne passe en vertical qu’à la toute fin.
La méthode, pas à pas
1. Lire la photo avant d’écrire un mot
Avant d’ouvrir un outil, je note ce que la photo impose. Ici : un grand-angle pris en coin de pièce, tout est net du premier plan au fond, une lumière douce sans source visible, des tons de bois chauds. Et une liste de ce qu’il ne faut pas toucher : les trois cadres, les skis, le plateau de verre, les chaises au cœur ajouré. Ces éléments sont cités dans chaque consigne, pour que le modèle les garde.
2. Dresser la table
Première étape, aucun personnage : seulement le repas en cours. La consigne est courte, en anglais (les modèles d’édition la suivent mieux), et elle insiste sur le banal :
Keep this photo exactly as it is, same camera angle, same room, same light. Only add a raclette dinner in progress on the table: a small electric raclette grill, a few used plates, potatoes in their skins, a plate of ham, two glasses of white wine, crumpled napkins. Ordinary, slightly messy, not styled.
On vérifie que rien d’autre n’a bougé. Les serviettes froissées et les assiettes déjà servies font plus pour la crédibilité que n’importe quel adjectif.

Mise en scène, image retouchée par IA.
3. Ajouter les convives deux par deux
Ensuite, les personnes, par petits groupes. D’abord un homme vu de dos au premier plan, qui donne la profondeur et l’effet « pris sur le vif », et une femme qui rit au fond, un poêlon à la main. Puis un enfant et un homme plus âgé en pleine conversation. Enfin, une grand-mère et une adolescente concentrée sur son poêlon.
Trois règles à chaque passage : des âges et des tenues variés, personne ne regarde l’objectif, chacun fait quelque chose. Six convives, c’est la limite haute : chaque visage ajouté augmente le risque d’erreur, et on contrôle les mains et les regards à la loupe avant de continuer.

Mise en scène, image retouchée par IA.

Mise en scène, image retouchée par IA.

Mise en scène, image retouchée par IA.
4. Le format en dernier, et avec prudence
Le client voulait aussi une version verticale pour le mobile et les stories. J’ai demandé au modèle de prolonger le plafond et le parquet. Le centre est resté intact, mais l’extension trahit l’IA : des planches plus larges, une perspective exagérée, un parquet sur-accentué, des légendes de cadres devenues illisibles. Et la tablée paraît petite dans un cadre trop haut.
La bonne réponse ici n’est pas un meilleur prompt. C’est un autre cadrage : une extension faite dans Photoshop, bande par bande, ou un format moins haut (4:5) pour le site, en gardant le 9:16 recadré serré sur la table pour les stories.

5. Finir comme une photo
Deux dernières étapes, souvent négligées. L’agrandissement d’abord, dans un mode qui affine sans réinventer : les modes « créatifs » donnent la peau plastique et le bois trop dessiné. Puis un passage dans Lightroom : un grain léger et uniforme, un peu moins de clarté et de saturation, un seul étalonnage pour toute l’image. Ce grain commun soude les zones générées à la photo d’origine. C’est souvent lui qui fait basculer l’image du côté photo.
Avant de livrer : la grille de contrôle
Un seul point raté suffit à trahir l’IA. Je passe chaque image au crible :
- Géométrie : l’angle et les lignes de fuite sont ceux de la photo source.
- Décor : cadres, skis, chaises et objets sont intacts.
- Personnes : âges et expressions variés, au moins une de dos ou de profil, personne ne fixe l’objectif.
- Mains et visages : cinq doigts, des objets tenus de façon crédible.
- Table : rien d’aligné ni de dupliqué, pas d’étiquette lisible.
- Lumière : des ombres de contact sous les verres et les assiettes, pas de halo.
- Petits textes : identiques à la photo source ou effacés, jamais des signes inventés.
- Test du recul : en vignette sur un téléphone, l’image passe-t-elle pour une photo de reportage ?
Droits et transparence
Retoucher la photo d’un autre n’est pas anodin : la licence du photographe doit autoriser une modification de cette ampleur. Ici, l’image originale est de Marc Fulgoni, et sa modification par IA s’est faite en accord avec le Couarôge. Et depuis le 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’IA impose de signaler une image générée ou modifiée par IA qui pourrait passer pour authentique. Une mention discrète sous l’image suffit, par exemple « Mise en scène, image retouchée par IA ».
Ces convives n’existent pas : l’image illustre une ambiance. On ne l’utilise jamais pour accompagner un avis client ou un témoignage. Et pour une image d’accueil durable, une vraie prise de vue reste imbattable. L’IA sert à tester une mise en scène ou à dépanner, pas à remplacer le photographe.
Ce qui fait la bonne image
Le bon prompt ne fait pas la bonne image. Ce qui la fait, c’est le regard : savoir lire une photo, repérer ce qui sonne faux, et décider quand s’arrêter. C’est ce que je transmets en formation IA générative, sur vos propres visuels. Et si vous avez un lieu à mettre en scène, parlons-en.
Cette méthode s’apprend en atelier : voir les formations Photo produit et packshot avec l’IA et Direction artistique augmentée.


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